Lettre au Premier Ministre

M. le Premier Ministre,

C’est sans émotion aucune que je vous écris cette lettre, pas parce qu’elle est écrite sans conviction ou encore parce que les décisions de votre gouvernement n’ont aucun effet sur moi. Non, aucune de ces deux raisons n’expliquent cette absence de ressenti. C’est plutôt parce que j’ai perdu tout espoir envers votre gouvernement. Je me souviens, le 27 septembre lorsque vous nous avez fait parvenir une lettre, dans ce même journal, où vous prétendiez avoir entendu notre cri du cœur, où vous affirmiez vouloir pouvoir regarder vos fils dans les yeux, que nous, collectivement, étions beaux à voir. À ce moment-là, M. le Premier Ministre, j’avais espoir en une réelle volonté de changer les choses, de votre part, et de celle de votre gouvernement. Malheureusement, je crois que le verbe entendre était un peu trop bien choisi car en effet, M. Legault, vous nous avez entendu mais pas écouté. Pourtant, je suis certain que vous avez eu vent des slogans contre le 3e lien ou encore GNL Québec. Et pourtant, ce matin, le député de Deux-Montagnes, Benoît Charrette, celui que vous avez désigné pour porter les intérêts des générations futures, la mienne ainsi que celle de la plus jeune députée de l’Assemblée Nationale, a annoncé renoncer aux cibles établies comme minimales par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Pourquoi? Pour des motifs économiques. Pour que les amis de votre gouvernement puissent continuer à s’en mettre dans les poches, pour que votre électorat puisse continuer à ne pas culpabiliser lorsqu’il s’achète un nouveau véhicule tous les quatre ans et pour pouvoir continuer à faire avancer le projet tunnel qui permettra à des milliers d’automobilistes supplémentaires de faire le trajet entre Québec et Lévis tous les jours. Donc non, François, je ne suis pas déçu, simplement parce que c’était prévisible. Par contre, sache que même si tu ne verras probablement pas le jour où la prophétie annoncée par les Cowboys Fringants dans leur chanson Plus Rien se réalisera, moi, mes sœurs, ma génération et ceux qui me suivront ne pourront jamais pardonner ce laxisme, puisque, mon cher François, nous n’héritons pas la terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants.

En espérant que cette lettre puisse ouvrir les yeux de ton gouvernement et qu’il vous emplisse d’un désir de gouverner pour tous, et non pas seulement pour l’électorat caquiste car, contrairement aux autres décisions que vous devez prendre au jour le jour, celle-là n’affecte pas que le Québec, mais le monde tout entier, et bien franchement, devenir le premier état à se conformer aux cibles du GIEC et ce, au sein de l’état pétrolier qu’est le Canada serait extrêmement bénéfique pour l’image du Québec à l’international.

En espérant avoir l’occasion de vous rencontrer,

Esteban Carrillo,

Étudiant au Cégep de Saint-Laurent.

Laïcité, neutralité et autres vertus

Hier soir se tenait le deuxième débat des chefs anglophones sur CBC, la chaîne anglophone de la télévision d’état. La première question du deuxième segment est dictée comme suit et posée personnellement par l’une des modératrices:

« Your campaign is about courage but you have not shown the courage to fight Quebec’s discriminatory law, it bars individuals, who, like yourself wear religious symbols from some provincial employments. If you were prime minister, would you stand back and allow another province to discriminate against its citizens? Aren’t you and frankly the other leaders on the stage putting your own party’s interest in Quebec ahead of your principles and equality rights in all citizens? »

Ce n’est pas la deuxième question que je trouve choquante, bien au contraire, elle est intéressante car on peut la rapporter à toutes les formes d’électoralisme, que ce soit au Québec ou ailleurs au Canada. Toutefois, la première partie est une toute autre affaire. On peut observer l’utilisation de mots ayant une connotation très forte tels que «discriminatory», «bars» et «fight». Je crois qu’on peut clairement affirmer, simplement par le choix de vocabulaire, que la question n’est pas neutre. Elle critique et condamne carrément la loi 21! Et cette condamnation ne vient pas de n’importe où! Elle vient carrément de la télévision d’état, en plus d’être posée par l’une des modératrices! Quand est-ce qu’on va arrêter d’essayer de nous faire croire que Radio-Canada / CBC sont neutres dans leurs propos, qu’ils font de la propagande parfois carrément haineuse envers le Québec, qu’ils contribuent à nous donner une image de « racistes » à l’extérieur de nos frontières? J’ai beau essayer de comprendre pourquoi ce média national continue à perpétuer cette image négative des Québécois et Québécoises et ce, sans jamais les montrer comme un peuple ouvert, et généreux tant que l’on n’essaie pas de leur retirer des droits, des acquis ou l’indépendance dont devraient constitutionnellement jouir les provinces et que l’on accepte de se mêler à la culture locale sans nécessairement délaisser la sienne.

Plus le temps avance, plus le «Quebec Bashing» se fait apparent, plus on se rend compte qu’en fait, le canada n’est pas aussi tolérant qu’il le prétend. Il est, en réalité, tolérant à l’immigration aux mêmes conditions que le Québec, mais à sa manière. Accepte de reconnaître la diversité culturelle, sans nécessairement vouloir accorder se statut particulier à celui qui n’est pas un « bon canadien », c’est-à-dire celui qui acceptera d’adopter l’anglais comme langue d’usage, de prêter serment à la reine Elizabeth II, et à accepter qu’au Canada, on parle Anglais. C’est cette ambivalence qui me fâche, et qui, de plus en plus, raffermit ce dégoût de cet état voisin qu’est le Canada et me pousse de plus en plus à croire que le Québec, à cause de ses différences culturelles, de ses orientations, de son histoire et de toutes sortes d’autres raisons, ne serait que mieux représenté à la table des nations, que par lui-même.

Géométrie Variable

Je ne sais pas… Je ne sais pas… Je ne sais pas. Comment puis-je juger de quelque chose sans savoir sur quoi c’est basé. Comment puis-je critiquer la décision de quelqu’un qui a pris son temps? Je parle ici du cas d’Alexandre Bissonnette, le dude qui a tué 6 personnes dans une mosquée à Québec. Même cette phrase, quelqu’un pourrait la juger, de la même manière que moi ce matin en lisant l’article ou il était spécifié que les victimes étaient musulmanes. Qu’est-ce que ça change que ces personnes soient musulmanes ou non? Est-ce que ça doit avoir un impact sur notre réaction? Personnellement, je crois que non. Que ce soit des hommes, femmes ou personnes non-binaires, on devrait traiter tout le monde également car au fond, on est tous des êtres humains. Selon Statistiques Canada, la durée moyenne d’une peine d’emprisonnement pour Homicide est d’environ 6 ans et à peu près la même chose pour une tentative de meurtre. Considérant que la peine minimale pour un homicide prémédité est la prison à vie sans possibilité de libération avant 25 ans (le juge a choisi de considérer que c’était prémédité parce que Bissonnette avait toujours une balle dans son chargeur), faisons un calcul rapide. 25 ans multiplié par 6 victimes, ça fait 150 ans! Quelque chose qui est complètement inadapté dans un système où on prétend mettre la réhabilitation de l’avant. On peut donc penser que 40 ans c’est une peine clémente non? C’est là que je ne suis pas d’accord. Alexandre Bissonnette a 28 ans, donc il sortira de prison à l’âge de 68 ans. Autant dire qu’en sortant de là, soit il vivra sur l’héritage de ses parents et sur la pension de vieillesse, soit il se sera suicidé en prison. Dans les deux cas, ce n’est clairement pas de la réinsertion sociale que l’on fait, d’où la critique de sa peine que je suis en train d’écrire. Comparons à Bruce MacArthur, qui a tué et démembré 8 hommes gais, qui n’éprouve aucun remord, qui a 67 ans et qui écope de «seulement» 25 ans de prison. Est-ce qu’on parle ici de justice, d’équité ou d’égalité? Ce que je perçois, c’est que Bruce McArthur, un homme de 67 ans qui va probablement mourir avant la fin de sa peine a été condamné à 25 ans de prison ferme avant de pouvoir se faire refuser une demande de libération. C’est là que je vois deux poids deux mesures. Un homicide, c’est un homicide, peu importe qui le commet et qui il vise (à l’exclusion des personnes qui souffrent de maladies mentales). Donc pourquoi la peine de Bissonnette qui aurait encore une chance de se réinsérer dans la société à sa sortie de prison s’il était condamné à 25 ou même 30 ans est-elle plus importante que celle donnée à un tueur en série? Comme l’a dit le juge Huot, c’est une peine exemplaire. Mais pourquoi est-ce une peine exemplaire? Est-ce parce qu’on veut donner un coup au racisme anti-islam québécois ou parce que les victimes ont crié plus fort que la justice? Je pense que l’état doit impérativement arrêter de financer les institutions religieuses, de quelque nature que ce soit à l’exception des entités qui ont une valeur patrimoniale. La religion des uns n’a pas à être financée par l’argent des autres dans un état soi-disant laïc mais qui se permet tout de même de juger quelle religion en est une et laquelle n’en est pas une. Prenons pour exemple le pastafarisme, qui est de manière complètement admise une parodie de religion, mais dont les adeptes font face à une persécution étatique discriminatoire. Ainsi, un pastafarien ne peut porter une passoire sur la tête ou un foulard de pirate sur une carte d’identité alors qu’un sikh peut sans problème se faire tirer le portrait avec le turban. En bref, l’état doit être COMPLÈTEMENT laïc, et la justice ne doit pas faire de distinction selon le genre, la couleur, la religion ou tout autre facteur individuel pour des décisions pénales ou criminelles. Les médias et l’état doivent arrêter de mettre de l’avant les croyances individuelles et c’est comme ça que l’on va finir par se soigner des maux religieux.