Des fois je me demande… Est-ce que tu penses à moi? Est-ce que quand tu vas t’installer avec tes compagnons de programme au café étudiant et que tu y passes l’après-midi il t’arrive d’échapper une pensée du genre: «Est-ce que je devrais aller le voir?». Est-ce que ça t’arrive à toi aussi d’être parfois nostalgique, de repenser pendant un quart de seconde à des moments qu’on a pu partager ensemble?
Tiens! Un peu plus tôt aujourd’hui je descendais l’escalier et je me suis bêtement rappelé cette soirée là où je te lisait chapitre par chapitre le Petit Prince. Ça m’a donné un petit sourire en coin, tu comprendras pourquoi…
Je sais pas, j’ai pensé à ça tout à l’heure en allant me chercher un café et des bonbons. Ça m’a amusé de te voir au fond, en train de chiller depuis un bon moment. Mais bon! T’as l’air heureuse et c’est tout ce qui compte. En attendant je garde la porte de mon bureau ouverte si jamais tu veux passer me dire bonjour.
Et au moins ça va mieux que la semaine passée. J’ai eu mes réponses, je n’attends plus rien, sauf le passage du temps et en attendant, je regarde en avant pis si nos chemins se recroisent un jour «so be it». D’ici là, eh bien je n’attends plus, je pars dans ce jardin hypothétique. Tu sais, le jardin de la désillusion, celui que l’on découvre avec stupéfaction un peu malgré nous?
Mais voilà, tu étais ma rose pour le meilleur et pour le pire. Tu étais cette herbe, pardonne-moi cette fleur de laquelle je m’étais épris, de laquelle je prenais soin, jusqu’au jour où tu as décidé que je ne pouvais plus t’accompagner.
Le petit prince arracha aussi, avec un peu de mélancolie, les dernières pousses de baobabs. Il croyait ne jamais devoir revenir. Mais tous ces travaux familiers lui parurent, ce matin là, extrêmement doux. Et, quand il arrosa une dernière fois la fleur, et se prépara à la mettre à l’abri sous son globe, il se découvrit l’envie de pleurer.
Le Petit Prince (Chapitre IX)
Antoine de Saint-Exupéry
Et pourtant, je me fixe, encore aujourd’hui à cette idée de fleur unique au monde, cette fleur fragile mais qui se donne des airs de combattante, qui cherche à se montrer plus imposante qu’elle ne l’est vraiment. Oui, tu étais pour moi cette fleur, un peu trop orgueilleuse que j’ai aimé éperdument.
Et si je connais, moi, une fleur unique au monde, qui
n’existe nulle part, sauf dans ma planète, et qu’un petit mouton
peut anéantir d’un seul coup, comme ça, un matin, sans se
rendre compte de ce qu’il fait, ce n’est pas important ça !
Le petit prince au narrateur
Chapitre VII
Mais bon, toute bonne chose ayant une fin, c’est aujourd’hui terminé. Je suis parti, à dos d’une migration d’oiseaux vers d’autres aventures, parti rencontrer d’autres gens et visiter d’autres jardins. Des jardins de tulipes, de marguerites, de lilas mais qu’importe, puisque tu resteras pour moi, cette rose qui m’a piqué avec ses quatre épines.
Il faut bien que je supporte deux ou trois chenilles si je veux connaître les papillons. Il paraît que c’est tellement beau. Sinon qui me rendra visite ? Tu seras loin, toi. Quant aux grosses bêtes, je ne crains rien. J’ai mes griffes. Et elle montrait naïvement ses quatre épines. Puis elle ajouta :
– Ne traîne pas comme ça, c’est agaçant. Tu as décidé de partir. Va-t’en.
Car elle ne voulait pas qu’il la vît pleurer. C’était une fleur tellement orgueilleuse…
Discussion entre le petit prince et sa rose
Chapitre IX