Poésie montagnarde

18 février 2023 – Sutton

C’était beau, toi, moi dehors
C’était beau aujourd’hui, la vue du mirador
C’était beau, toi, moi autrefois
arrêtés au sommet de cette via ferrata.

Aujourd’hui, je me suis rappelé
à quel point ça me fait du bien de bouger
sans but particulier
sauf celui de sentir monter la fierté.

Fierté de s’accomplir,
fierté de réussir,
fierté de s’être rendus là,
de s’être dépassés, pour toi, pour moi.

De marcher ça m’a rappelé la liberté,
le fait que j’étais enchaîné,
d’une certaine façon par ta sédentarité
mais particulièrement par mon oisiveté.

Il ne faut toutefois pas se méprendre:
je plaide coupable de complaisance.
Celle qui m’a gardé captif
de tes bras attentifs

C’était objectivement un choix
d’être sédentaire avec toi.
Un compromis à l’équilibre exquis
Un compromis à durée définie.

Mais lorsqu’il est venu temps de renouveler
c’est là que les choses se sont corsées
Tu as choisi de vivre autrement
Me laissant libre mais boîtant

[Retiré]

Des fois mais juste des fois

Des fois je me demande… Est-ce que tu penses à moi? Est-ce que quand tu vas t’installer avec tes compagnons de programme au café étudiant et que tu y passes l’après-midi il t’arrive d’échapper une pensée du genre: «Est-ce que je devrais aller le voir?». Est-ce que ça t’arrive à toi aussi d’être parfois nostalgique, de repenser pendant un quart de seconde à des moments qu’on a pu partager ensemble?

Tiens! Un peu plus tôt aujourd’hui je descendais l’escalier et je me suis bêtement rappelé cette soirée là où je te lisait chapitre par chapitre le Petit Prince. Ça m’a donné un petit sourire en coin, tu comprendras pourquoi…

Je sais pas, j’ai pensé à ça tout à l’heure en allant me chercher un café et des bonbons. Ça m’a amusé de te voir au fond, en train de chiller depuis un bon moment. Mais bon! T’as l’air heureuse et c’est tout ce qui compte. En attendant je garde la porte de mon bureau ouverte si jamais tu veux passer me dire bonjour.

Et au moins ça va mieux que la semaine passée. J’ai eu mes réponses, je n’attends plus rien, sauf le passage du temps et en attendant, je regarde en avant pis si nos chemins se recroisent un jour «so be it». D’ici là, eh bien je n’attends plus, je pars dans ce jardin hypothétique. Tu sais, le jardin de la désillusion, celui que l’on découvre avec stupéfaction un peu malgré nous?

Mais voilà, tu étais ma rose pour le meilleur et pour le pire. Tu étais cette herbe, pardonne-moi cette fleur de laquelle je m’étais épris, de laquelle je prenais soin, jusqu’au jour où tu as décidé que je ne pouvais plus t’accompagner.

Le petit prince arracha aussi, avec un peu de mélancolie, les dernières pousses de baobabs. Il croyait ne jamais devoir revenir. Mais tous ces travaux familiers lui parurent, ce matin là, extrêmement doux. Et, quand il arrosa une dernière fois la fleur, et se prépara à la mettre à l’abri sous son globe, il se découvrit l’envie de pleurer.

Le Petit Prince (Chapitre IX)
Antoine de Saint-Exupéry

Et pourtant, je me fixe, encore aujourd’hui à cette idée de fleur unique au monde, cette fleur fragile mais qui se donne des airs de combattante, qui cherche à se montrer plus imposante qu’elle ne l’est vraiment. Oui, tu étais pour moi cette fleur, un peu trop orgueilleuse que j’ai aimé éperdument.

Et si je connais, moi, une fleur unique au monde, qui
n’existe nulle part, sauf dans ma planète, et qu’un petit mouton
peut anéantir d’un seul coup, comme ça, un matin, sans se
rendre compte de ce qu’il fait, ce n’est pas important ça !

Le petit prince au narrateur
Chapitre VII

Mais bon, toute bonne chose ayant une fin, c’est aujourd’hui terminé. Je suis parti, à dos d’une migration d’oiseaux vers d’autres aventures, parti rencontrer d’autres gens et visiter d’autres jardins. Des jardins de tulipes, de marguerites, de lilas mais qu’importe, puisque tu resteras pour moi, cette rose qui m’a piqué avec ses quatre épines.

Il faut bien que je supporte deux ou trois chenilles si je veux connaître les papillons. Il paraît que c’est tellement beau. Sinon qui me rendra visite ? Tu seras loin, toi. Quant aux grosses bêtes, je ne crains rien. J’ai mes griffes. Et elle montrait naïvement ses quatre épines. Puis elle ajouta :
– Ne traîne pas comme ça, c’est agaçant. Tu as décidé de partir. Va-t’en.
Car elle ne voulait pas qu’il la vît pleurer. C’était une fleur tellement orgueilleuse…

Discussion entre le petit prince et sa rose
Chapitre IX

Endorphines, Ocytocine et autres hormones

Pourquoi les relations humaines sont toujours aussi compliquées? Pourquoi ne sommes-nous pas capables de simplement laisser aller nos pensées sans devoir marcher sur des oeufs pour ne pas blesser «l’Autre»? Pourquoi ne pouvons-nous pas simplement nous contenter de ce que l’on a, de toujours en vouloir plus? Pourquoi devons-nous toujours tuer nos sentiments? Pourquoi?

Récemment, j’ai eu l’occasion de voir en action ces étranges mécanismes, tout droit sortis et inspirés de l’univers hollywoodien, où l’un des deux partenaires décide de partir avec un.e autre en ignorant complètement la personne qu’il laisse derrière. Sans donner de nouvelles, en «laggant» une vue, en faisant semblant de ne pas voir. Je peine à comprendre comment un individu peut faire une telle chose à une autre personne. Comment elle peut concevoir comme étant moralement acceptable de laisser derrière quelqu’un avec qui il a passé plus de deux ans, à partager des histoires, des expériences, à être un couple, heureux souvent, se chicanant de temps en temps, sans pour autant se déchirer et s’abandonner comme on le ferait avec un vulgaire déchet, tout en espérant que cette personne puisse lui rester fidèle, qu’elle puisse être un bon ami, que tout redeviendra comme avant.

Si seulement notre génération ne cherchait pas simplement son bonheur mais aussi celui de l’autre, le bonnheur de partager sa vie avec quelqu’un, sans forcément se demander: «Vais-je toujours aimer l’autre dans 3 ans; est-ce que je me vois ave cette personne là à long terme?». Simplement en profitant de l’instant présent et du bonheur que cette relation apporte dans l’immédiat. Il ne faut pas non plus oublier que rien ne vient sans effort. Il est impossible de faire durer une relation (amoureuse ou amicale) sans y consacrer un minimum d’énergie car il n’y a ni dividende ni retour sur investissementn s’il n’y a pas d’investissement. Malheureusement, nous avons pris la mauvaise habitude de jeter au lieu de réparer, de remplacer à tout prix, sans se soucier des conséquences. Notre mode de vie consumériste n’est plus seulement financier, mais désormais social et émtionnel. On consomme une relation de la même manière que l’on achète une auto. On dépense puis on revend, en se disant qu’une neuve fera mieux le travail, mais nous excluons tout sentiment de part et d’autre, sans se soucier de notre empreinte, des conséquences réelles de nos actes, de l’effet que ça a sur son environnement.

Commençons à prendre soin de nos relations, à les cultiver, à les entretenir, à les nourrir, à en profiter mais surtout, réapprenons à aimer et à se respecter.