Feu, feu, joli feu

Des fois je m’en veux, ou plutôt j’en veux à mon cœur et à ma tête qui sont incapables de se coordonner.

Revenons à Janvier 2020. Je matche avec une fille sur Tinder, on se parle pendant trois mois sans se voir, vous pouvez vous en douter, après trois mois de discussions au sujet de tout et n’importe quoi, j’ai fini par dépasser plus que le stade du « bête sentiment » pour reprendre sa formulation à elle. En somme, après trois mois de discutailleries, j’étais déjà amoureux.

Je sais pas, dans ma tête, la présence physique n’est pas si importante. Certes l’amour est un cocktail de plusieurs choses (oui, les hormones, tout ça tout ça) mais dans ma conception, il ne nécessite pas de lien physique pour permettre la réalisation du sentiment amoureux. Ceux qui me connaissent savent que je suis un homme de lettres, pas seulement au sens figuré du terme, mais aussi au sens propre. Le sentiment d’envoyer une missive, de savoir que ce qui a été envoyé restera à jamais une trace de la relation qui s’est développée, peu importe sa nature, peu importe comment elle se termine. Ça m’a d’ailleurs blessé quand la fille que je mentionne plus haut a fait un post en disant qu’elle brûlait mes lettres d’amour. Assez, en tout cas, pour que je m’en rappelle à ce jour.

Il y a quelque chose de particulier dans le courrier, ce moyen que tout la majorité du monde aujourd’hui qualifie de désuet. Un petit quelque chose dans l’attente que cela impose, dans le délai entre l’envoi, la réception et l’éventuelle réponse. Il y a cette période de vulnérabilité où on attend, et c’est tout ce qu’on peut faire. C’est par contre aussi vrai pour toute forme d’écriture dans laquelle on est impliqué émotionnellement… Textos, poésie, prose… Tant de moyens de s’envoyer des mots doux et moins doux, à soi ou aux autres. Mais revenons à nos moutons.

Si je faisais référence à janvier 2020, c’est parce que l’histoire est cyclique et je me connais, je vais encore développer quelque chose si je refais quelque chose du genre et je crois que c’est déjà le cas. C’est pas normal qu’en écrivant des mots en pensant à toi, je sente cardiaque s’accélérer, c’est pas normal que j’essaie d’imaginer à tout bout de champ comment on fitterait ensemble. Je sais que je m’emballe et je m’en veux. Parce que notre société apprend aux hommes à ravaler leurs sentiments, à se montrer durs et intouchables émotionnellement. Ce n’est certes pas ce à quoi j’aspire mais j’aimerais être capable de ne pas m’embraser.

Voilà d’ailleurs une belle analogie, l’embrasement. J’ai l’impression d’être en feu, pas littéralement bien entendu, mais que l’enveloppe émotionnelle dans laquelle je suis l’est et que les braises tombent à mes pieds. Puis chaque fois que je t’envoie un message, je fais un pas en avant, dans ces braises brulantes en me commettant un peu trop, en étant un peu trop intense. Je sais pas pourquoi. C’est comme ça, tu m’inspires pis quand je pense à ce que tu vis, à ce que tu as vécu, ça m’inspire mille et unes poésies que je voudrais t’envoyer, même si je ne t’y crois pas disposée. Et chaque fois que j’écris, que je pense à tes mots justes, c’est une brise qui vient raviver un peu plus le feu qui m’entoure.

Au fond je suis peut-être juste comme ça, à vouloir vivre les choses intensément, à faire les efforts nécessaires pour charmer et pour plaire, pour me satisfaire aussi. C’est sûr que tout ça vient de pair mais j’aimerais ça être capable de me tempérer. De prendre ce feu et de le mettre dans un foyer, le garder vivant, le cultiver, un peu comme l’amour se cultive, mais au lieu de l’amour ou du feu, ça serait le développement de mes sentiments. J’aimerais être capable de les gérer, de contrôler la quantité de comburant que j’y mets, mais non, le vent s’acharne et continue à me brûler les pieds.

Des fois je me demande si je serais capable de me dater, de me sortir moi même de ma zone de confort si l’objectif m’était intérieur. Est-ce que je serais capable de me supporter, de ne pas m’enfuir de ma propre affection? Je ne sais pas, je ne saurai jamais parce que je suis comme un verre posé dans un bécher que l’on remplirait d’huile. À me remplir, lentement, à réapprendre à m’aimer sans être codépendant jusqu’à ce que je me rende compte que je commence à me déverser. Puis là, je dois trouver une façon d’évacuer avant de disparaitre, dans l’huile à jamais.

Donc voilà, ce que j’aimerais, être capable de me tempérer, de mitiger la façon dont mes sentiments se développent, réussir à les brider, à les contenir. J’aimerais ça aussi être capable de montrer moins d’intensité et de mieux interpréter les signes de la personne en face, mais je suppose que ça vient avec le temps. J’espère quand même que d’ici là, je n’aurai pas franchi inutilement le cap du bête sentiment.

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