Monsieur le Premier Ministre,
Presque deux ans déjà que vous avez publié dans ce même journal un appel à notre génération. Vous disiez avoir entendu notre cri du cœur, notre appel à un changement profond dans les façons de faire de nos dirigeants. Vous aviez aussi déclaré : «je ne pourrais pas rester les bras croisés [face à la crise climatique] et continuer de regarder mes deux fils dans les yeux. »
Deux ans plus tard, et un an et demi après ma première lettre à ce sujet dont la seule réponse aura été un courrier de votre ministère affirmant que votre gouvernement avait un plan ambitieux en matière d’environnement, rien n’a changé si ce n’est qu’on parle maintenant de construire un troisième lien entre Québec et Lévis, que les taux d’échecs et d’incomplets atteignent des taux records dans les écoles et ce, peu importe le niveau d’éducation et que le GIEC vient à nouveau de publier un rapport alarmant.
Monsieur le Premier Ministre, vous qui nous avez dit que nous étions beaux à voir, j’aimerais vous rappeler que les manifestations qui se sont tenues le 27 septembre 2019 n’étaient ni des célébrations ni des démonstrations d’amour de la part de la jeunesse québécoise à votre égard ou à celui de la classe politique tout entière. C’était une sommation d’agir. Une sommation pour préserver ce qui peut encore l’être et nous donner une chance de peut-être, en fonction de ce que font nos voisins, laisser à nos enfants une planète vivable, parce que le climat lui, se fiche bien de l’état de l’économie. Je me permets donc de vous poser une question M. Legault : iriez-vous au-devant des journalistes affirmer que la survie de l’espèce humaine ne se fera pas aux dépens de l’économie? C’est certain que cette phrase est moins vendeuse que ce « oui, l’environnement, mais ça prend un équilibre, pas aux dépens des emplois. Ça prend du développement économique » que vous avez tout bonnement lâché à la mi-août.
Je vais me permettre de vous appeler François pour ce dernier paragraphe puisque je ne m’adresse plus ici au Premier Ministre, mais au père et à l’humain qui se cache derrière cette façade de politicien : François, en ce 24 septembre, des milliers d’étudiants et d’étudiantes descendront dans la rue pour renouveler leurs exigences. Pour exiger des personnes en position de pouvoir qu’elles prennent des actions concrètes et immédiates afin d’assurer la pérennité de notre Québec et de notre monde. François, tu es le premier ministre, tu as le pouvoir, si tu le veux de faire plus que nous écouter : tu peux répondre présent et nous aider.
M. Legault, je ne prends pas un grand risque en affirmant que même si une bonne partie de la jeunesse québécoise aimerait bien partir dans l’espace en compagnie du Capitaine Patenaude et de Bob « avec cheveux », nous préférerions tous et toutes éviter le départ du Romano-Fafard le 28 octobre 2034, que ce soit à cause de l’utilisation de « push push en cacanne » ou encore parce que notre premier ministre a choisi de privilégier quelques billets verts à un véritable virage vert.
Esteban Carrillo,
Étudiant au cégep de Saint-Laurent